SEZER Fatma

Master 2 de Psychologie clinique,

Option Santé.

Tél. : 06.07.04.42.10

La peur de la différence

Université Pierre Mendés France

Responsable de l’UE: Mme Charavel

Table des matières

1. Introduction…………………………………………………………………………………………………………….. 3

2. La peur de la contagion…………………………………………………………………………………………….. 4

3. La peur de la ressemblance……………………………………………………………………………………….. 4

4. La peur de la sexualité……………………………………………………………………………………………… 5

5. Conclusion……………………………………………………………………………………………………………… 6

 Bibliographie…………………………………………………………………………………………………………….. 7

1.      Introduction

On entend souvent dire qu’il faut « accueillir la différence », certes…Toutes les pratiques professionnelles ainsi que les options éthiques adhèrent à cet objectif. Néanmoins, la réalité nous amène à nous interroger sur les raisons qui freinent et entrave la réalisation de ce souhait. Alors, nous allons aborder une des raisons qui rend difficile l’accueil de la différence[1] : la peur. C’est elle qui est à l’origine du silence, de l’évitement et de l’exclusion. « C’est elle qui se tapit derrière la fausse reconnaissance, l’hypocrisie et les réalisations qui ne se font pas » [5].

En 1919, Freud parle de « l’inquiétante étrangeté » qui représente pour lui « tout ce qui aurait du rester secret et caché mais qui est venu au jour ». Il ajoute que ce sentiment surgit « chaque fois que les limites entre l’imagination et la réalité s’effacent, où ce que nous avions tenu comme fantastique s’offre à nous comme réel ». Ainsi, lorsque les parents, posent leurs yeux sur leur nourrisson si différent de « His majesty the baby », cette inquiétante étrangeté ne peut que les assaillir.

Pour accepter l’enfant atteint d’un handicap, accepter de le voir tel qu’il est et l’accueillir dans son altérité, Simone Korff-Sausse [5] propose, tel Persée qui du affronter Méduse, un miroir qui ferrait fonction de tiers. Le miroir qu’elle propose – pour nous approcher du handicap pour y voir plus clair, plutôt que d’être aveuglés par son impact émotionnel considérable – consiste à « explorer les représentations qui sont à l’origine de ces peurs, d’en dévoiler les ressorts et d’en élucider les mécanismes psychiques.

Winnicott [7]à travailler sur la question des « formes primitives de l’amour » telles qu’elles se présentent dans la relation thérapeutique ainsi que dans la relation mère-enfant. Le lien qui unit une mère à son bébé conjugue l’amour et la haine. Nous constatons que ceci est encore plus vrai lorsque ce bébé est atteint d’une anomalie.

A la suite de Winnicott qui a donné « quelques-unes des raisons pour lesquelles une mère hait son petit enfant, même un garçon » [7], Simone Korff-Sausse [5] dresse la liste de toutes les peurs que nous inspire l’enfant handicapé. Nous allons en présenter trois d’entre elles. Nous commencerons par parler de la peur de devenir comme l’enfant handicapé par un phénomène de contagion.

Ensuite, nous aborderons la peur de la sexualité, qui évoque des fantasmes troubles et inquiétants et celle du désir sexuel que pourrait avoir l’enfant handicapé à notre égard et, pire, que nous pourrions éprouver pour lui. Enfin, nous terminerons sur la peur de la ressemblance.

2.      La peur de la contagion

« Le handicap, ça s’attrape ? ». On entend quelquefois cette phrase dans la bouche des enfants, lorsqu’ils s’interrogent sur leur handicap, ou celui de leurs camarades. Si les adultes ne la prononcent pas, il leur arrive cependant d’avoir des attitudes qui sont la traduction de cette idée. Lorsque nous évitons de nous approcher trop près des invalides, n’est-ce pas la contamination que nous craignons ?

C’est comme si le moindre contact, même par le regard, pouvait nous exposer à ce risque. « Quand je regarde mes copains très handicapés, j’ai peur de devenir comme eux », dit un enfant. Cela pourrait expliquer la tendance générale à détourner le regard d’un « être dont l’anormalité inspire une terreur ». [5]

C’est en s’appuyant sur ce fantasme que les parents d’enfants bien portants demandent si leur enfant ne va pas imiter l’enfant handicapé qui est dans la même crèche ou la même maternelle. La crainte de l’imitation correspond à la crainte de la contamination.

La transmission par contamination est un mode de pensée qui est aussi présent chez les soignants. Lors des réunions de travail clinique, les éducateurs ou les thérapeutes expriment de tels fantasmes de contamination en disant par exemple qu’ils ont eu « l’envie de se laver les mains après la séance » avec un enfant ou un « besoin de se gratter » avec tel autre.

3.      La peur de la ressemblance

Dans les publications, on parle souvent des enfants handicapés comme « des enfants pas comme les autres ». Cette expression, en insistant sur le détail au détriment de la généralité, accentue la différence au détriment de la ressemblance. En effet, le vrai problème n’est pas la différence mais la ressemblance : insister sur la différence de cette enfant est une manière d’éviter de voir en quoi il est, malgré sa différence, « comme les autres ».

« La différence est ce qui se voit ; ce qui saute aux yeux ». La ressemblance, par contre, est beaucoup plus difficilement perceptible ou plutôt on souhaite moins la percevoir car elle est plus inquiétante. Accepter l’autre avec sa ressemblance est menaçant, « il est un miroir dans lequel je risque de reconnaître une part de moi-même que je n’admets pas, voir qui me fit horreur. Plutôt que de revendiquer le droit à la différence, il est donc beaucoup plus dérangeant de réclamer le droit à la ressemblance ». [5] Jean-Luc Antkowiak [1], lui-même IMC athétosique, écrit : « être reconnu handicaper, c’est avant toute chose me coltiner continuellement, éternellement, les infirmités des autres ! Ce que j’appel un peu méchamment peut-être « l’exutoire à fantasmes » ! ».

Sur le plan social, l’ensemble des attitudes face au handicap est ce que Freud a appelé des contre-investissements. Le contre-investissement est « un processus qui consiste à empêcher activement que des représentations ou des désirs inacceptables ne surgissent dans la conscience. A la place des pensées interdites viennent d’autres représentations, les formations réactionnelles, qui ont pour fonction de les masquer ». Ainsi, face aux personnes dites « pas normal », le sentiment de rejet est refoulé et transformé en son contraire. Ceci est d’autant plus vrai face à un bébé handicapé car le rejet est considéré comme intolérable à l’égard d’un être doublement démuni, puisqu’il est enfant et handicapé. Ainsi, « la compassion camoufle l’attitude spontanée et première qui est la peur et le souhait de mort ».

4.      La peur de la sexualité

« L’enfant handicapé nous tend un miroir qui met à nu nos propres imperfections et reflète une image dans laquelle nous n’avons pas envie de nous reconnaître ». On peut alors se demander quelle est la nature du fantasme refoulé que la découverte d’un handicap vient raviver. [5]

Pour les parents, le handicap de l’enfant réactive toujours des fantasmes de procréation fautive et incestueuse : si l’enfant qui naît est atteint d’une anormalité, c’est que ses parents ont eu une sexualité anormale et ont transgressé un interdit. Alors, les désirs incestueux sont révélés au grand jour.

On peut se demander quelle est la nature du fantasme refoulé que la découverte d’un handicap vient réveiller. Le bébé porteur d’un handicap témoignerait d’une sexualité anomale. Pour les parents, le handicap de l’enfant réactive toujours des fantasmes de procréation fautive et incestueuse : en concevant ce bébé, ils ont transgressé un interdit. Les géniteurs de cette anomalie vont chercher en eux ce qui a pu donner jour à ce bébé anormal. L’écrivain japonais Kenzagurô Oe écrit en première phrase de son livre autobiographique : « Je suis le père d’un monstre ». [6] Alors, si l’acte sexuel avec a femme a eu pour conséquence ce « monstre », qu’en est-il du désir éprouvé pour sa femme et comment imagine-t-il à présent sa sexualité ? Une maman murmure avec culpabilité, qu’après la naissance de leur fille, son mari ne la « regardai plus comme avant ».

D’autres part, les parents ont aussi peur que ce bébé puisse avoir une vie sexuelle et pire encore, qu’il puise procréer à son tour donc transmettre l’anormalité. En effet, Korff-Sausse [4] développe l’idée que « la sexualité des handicapés suscite un effroi massif » et reste un interdit de penser.

Une autre étude réalisée en institution pointe la peur des équipes des relations que les handicapés pourraient avoir entre eux mais aussi le fantasme dangereux et refoulé d’entrer en relation avec eux. [2] C’est le thème de la recherche de Stanislaw [1] qui parle des violences sexuelles envers les handicapés comme étant un des aspects de dysfonctionnement de l’institution.

5.      Conclusion

Nous nous trouvons dans une époque où l’on se dit « pouvoir parler de tout ». Cependant, comme dans le film italo-argentin de Maria Luisa Bemberg [1] De eso non se habla (On en parle pas), la douleur des parents d’enfants porteurs d’un handicap, face à cette différence, est telle qu’on préfère ne rien en dire, ni à soi-même, ni surtout au principal intéressé : l’enfant. Ceci est d’autant plus fort quand cette différence vient faire traumatisme dans la psyché des parents et faire peur au monde extérieur : nous.

Le vrai problème n’est pas la différence mais la ressemblance qui induit la peur à différents niveaux. Cette peur produit des résistances qui contribuent à ne pas accueillir la différence.

Dans un monde où la compétitivité, la performance et la maîtrise prennent une place de plus en plus importante, sans nier la différence, comment pourrions-nous envisager l’intégration des enfants handicapés ?

Bibliographie

1. Antkowak J.-L., « Quelques réflexions sur le handicap », Contraste, Revue de l’ANECAMSP, mai1995, n°2

2. Assouly-Piquet C. ; Berthier-Vitoz F., Regards sur le handicap, Hommes et perspectives, Epi,  Marseille, 1994

3. Freud, S. 1919. « L’inquiétante étrangeté »,

4. Korff-Sausse S., « L’énigme des origines. Quelques réflexions psychanalytiques sur handicap et sexualité », les Cahiers du CTNERHI, 1996 ; 71 : 34-45

5. Korff-Sausse S., « L’enfant handicapé. Une étude psychanalytique », la Psychiatrie de l’enfant, 1997

6. Oe K., Une affaire personnelle, Stock, Paris, 1968

Tomkiewicz S., « Sexualité et violence dans les institutions », Contraste, Revue de l’ANECAMSP, 1997 ; n° : 6-7.

7. Winnicott, D.W., « La haine dans le contre-transfert », De la pédiatrie à la psychanalyse. Paris, Payot, 1971.


[1]              La différence dont on va parler dans notre travail concerne des enfants porteurs de handicap divers et qui d’une manière générale concerne une « atteinte somato-psychique, qui a des effets invalidants sur l’intégrité, les potentialités, l’autonomie, la vie psychique et l’adaptation sociale de l’enfant ».